The Book: The Ultimate Guide to Rebuilding a Civilization ne serait pas ce qu’il est sans ses illustrations. En réalité, une grande partie de son succès comme cadeau incontournable pour les esprits curieux tient à ses illustrations dessinées à la main. Derrière cette tapisserie visuelle se trouve l’illustrateur principal Lev Kaplan, l’artiste à l’origine du style émerveillant qui définit The Book.
Lev n’a pas seulement dirigé notre équipe d’illustrateurs : il a aussi réalisé lui-même une part importante des illustrations qui jalonnent ses pages. Son expérience et sa vision profondément singulière ont aidé à donner vie aux idées de notre fondateur et à unifier l’ensemble de l’ouvrage.
Nous avons rencontré Lev pour parler de son processus créatif, de son expérience sur The Book et de quelques autres projets artistiques qui le passionnent. Il en est ressorti une conversation à la fois ludique et instructive que nous sommes ravis de partager.
Brève biographie
Lev est né en Ukraine en 1967. Après de nombreuses années passées à Kyiv, où il a étudié l’architecture, il a quitté l’Ukraine en 1992 pour s’installer en Allemagne.
Là-bas, Lev a passé 25 ans dans la publicité tout en continuant à progresser en tant qu’artiste. Il a développé ses compétences en illustration de livres pour enfants, en publicité, en motion design et en graphisme.
Aujourd’hui, Lev vit à Stuttgart, en Allemagne, où il poursuit son travail d’artiste et d’illustrateur, et enseigne l’illustration et l’aquarelle à la galerie d’art indépendante Kunstfabrik, à Vienne.
Lev a reçu de nombreuses distinctions, dont l’Annual Best of American Illustrators (2019), le prix du musée du livre de Troisdorf pour le livre Eisbjörn (2019), une place dans le Top 200 des illustrateurs de Lürzer’s Archive (2018), le prix Michel Tournier pour Eisbjörn (2018) et le D&AD Award de la publicité extérieure pour Modern Savery (2018).

Questions-réponses
Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir illustrateur ?
C’est en fait arrivé un peu par hasard. En 2001, lors de mon exposition personnelle de peinture, une connaissance qui possédait une petite maison d’édition m’a demandé si je voulais essayer d’illustrer un livre pour enfants. J’ai tenté le coup et j’ai découvert que j’aimais vraiment ça.
Quelle illustration de The Book a été la plus difficile pour vous ?
Les champignons ! Comme je n’ai jamais goûté de champignons hallucinogènes moi-même, j’ai dû passer beaucoup de temps à interroger des personnes qui connaissaient bien l’expérience. Ce fut un processus progressif pour rapprocher l’illustration de leurs visions.
Quelle illustration de The Book est votre préférée, et pourquoi ?
Probablement le sous-marin. J’ai essayé d’imaginer un mécanisme presque réaliste, actionné par un pédalier de vélo, pour faire tourner l’hélice, ce qui a rendu le processus particulièrement amusant et captivant.
Comment commencez-vous habituellement votre processus créatif ? Avez-vous des rituels ou des habitudes particulières avant de vous mettre au travail ?
Pas vraiment, rien d’extraordinaire. Je m’installe simplement à mon bureau et je commence à dessiner. Parfois, je dois d’abord passer un peu de temps en ligne pour rassembler des références ou chercher de la documentation. Et je bois pas mal de café en travaillant.

Quels outils et quelles techniques utilisez-vous pour créer des illustrations aussi détaillées ?
Je commence généralement au crayon graphite et à la gomme. Ensuite, selon le style et les exigences du projet, je peux utiliser des plumes ou des stylos techniques avec de l’encre acrylique, de l’aquarelle, de la gouache ou des marqueurs. Et bien sûr, un papier aquarelle de qualité, 100 % coton, est indispensable.
En moyenne, combien de temps vous faut-il pour réaliser une illustration pour un livre comme The Last Book?
Cela varie énormément. Cela peut prendre d’un à quatre jours, selon la taille et la complexité du concept.
Quels easter eggs et quelles références culturelles avez-vous personnellement ajoutés aux illustrations de The Book? Lesquels sont vos préférés ? Par exemple, dans le chapitre sur les dirigeables, il y a un easter egg évident de votre part.

Difficile de tous me les rappeler aujourd’hui. J’ai ajouté des easter eggs non seulement dans mes propres illustrations, mais j’ai aussi demandé à d’autres illustrateurs d’en glisser quelques-uns dans les leurs.
Par exemple, dans l’illustration sur les engrenages et les laminoirs, j’ai demandé à l’artiste d’écrire « Danton Inc. » sur la guillotine qui découpe la tôle. Dans l’illustration des échecs, une tortue porte un échiquier sur son dos comme un monde entier. Dans celle sur les rêves, j’ai glissé la girafe en feu de Dalí.
Pour le chapitre sur le théâtre, j’ai ajouté un Deus ex machina qui descend sur scène depuis les cintres. L’illustration du réveil montre Lénine plongé dans un sommeil éternel, qu’il vaut mieux ne pas déranger, et la patte de Sulli de Monstres et Cie qui tente justement de le faire !
Mon préféré, c’est la manticore à tête de Thomas Edison dans l’illustration du phonographe. Il y en a encore quelques autres, mais ce sera à vous de les trouver !
[Note de la rédaction : Nous ne dévoilerons pas le sens caché des easter eggs ; la moitié du plaisir consiste à les découvrir vous-même.]

Pourquoi y a-t-il autant de pieuvres et de tentacules dans vos illustrations récentes ? Du puzzle Octopolis jusqu’aux illustrations de The Last Book, les tentacules semblent être partout. On les retrouve sur des marque-pages, d’autres œuvres et ailleurs encore. Est-ce lié d’une manière ou d’une autre à Jules Verne ?
Quand je concevais la créature extraterrestre de The Last Book, un être par nature plus intelligent que nous, Terriens, je me suis souvenu d’histoires sur l’intelligence des pieuvres. Les extraterrestres à tentacules en ont découlé assez naturellement, légèrement modifiés et enrichis d’un peu de biomécanique à la manière de H.R. Giger.
En fait, le vaisseau extraterrestre doit beaucoup à Giger, c’est peut-être même un hommage. Et puis les tentacules sont, d’un côté, une invention merveilleusement fonctionnelle de la nature, qui offre une grande plasticité et une foule de solutions de composition en dessin. De l’autre, ils sont intrinsèquement inquiétants !
Le personnage de Noah Kaplan, dans notre prochaine publication, The Last Book, présente des similitudes indéniables avec vous. Il est artiste, gaucher, et vous portez le même nom de famille. S’agit-il de simples ressemblances de surface, ou le personnage a-t-il hérité d’éléments de votre propre biographie ?

La seule chose que nous partageons vraiment, c’est peut-être notre héritage juif, même si cela me semble assez lointain. Il est américain ; je suis plutôt un Allemand d’ascendance ukrainienne aux racines juives. Noah est aussi un peu plus jeune que moi. Je crois quand même que je lui ai prêté mon bonnet tricoté.
Est-ce difficile d’être un artiste gaucher ? Par exemple, écrire de gauche à droite est clairement plus compliqué et demande davantage de soin. Mais qu’en est-il du dessin ? Cela vous oblige-t-il à développer votre propre technique ?
Je ne pense pas que cela ait la moindre influence sur le dessin. Le plus important en dessin, ce ne sont pas les mains, mais les yeux. Si l’on apprend à bien voir, comme un artiste, alors n’importe quelle main dessinera bien.
Quel est votre regard sur l’IA dans le domaine de l’illustration ?
J’ai un regard positif, même si je ne l’utilise pas moi-même. L’IA a écarté ceux qui produisaient un travail comparable. Je suis toutefois convaincu que l’IA ne pourra pas dessiner comme des illustrateurs chevronnés avant longtemps. C’est difficile d’expliquer pourquoi. C’est comme le son chaleureux du vinyle face au numérique : il peut sembler moins parfait, mais il a quelque chose de captivant. Cela dit, avec le temps, à mesure que l’IA se perfectionnera, l’illustration « humaine » deviendra une niche pour connaisseurs, un peu comme le vinyle.
Enfin, tant que les images générées par IA ne pourront pas être protégées par le droit d’auteur, les éditeurs sérieux ne les utiliseront pas en masse. Ou peut-être que si. Qui sait ? Mais je ne m’inquiète absolument pas pour mon avenir professionnel. Je suis clairement meilleur que l’IA. Pour l’instant.

Quels artistes et illustrateurs vous ont inspiré et vous inspirent encore ?
Toute la Renaissance nordique m’a profondément marqué, en particulier Pieter Bruegel l’Ancien, Rogier van der Weyden, Jan van Eyck et Albrecht Dürer. J’adore aussi la Sécession viennoise : Gustav Klimt, Egon Schiele et Oskar Kokoschka.
Parmi les artistes plus modernes, j’admire Andrew Wyeth, ainsi que les grands noms de l’âge d’or de l’illustration américaine, comme Norman Rockwell et Joseph Leyendecker.
Quel conseil donneriez-vous aux illustrateurs en herbe ?
Évitez de créer des illustrations qui se contentent de répéter le texte. Efforcez-vous plutôt de l’enrichir visuellement, en lui donnant une voix unique et personnelle.

Vous retrouverez le travail de Lev tout au long de The Last Book, qui paraîtra plus tard cette année, et de The Black Book: The Ultimate Guide to Alternative Inventions, dont la sortie est prévue en 2026. Si vous n’avez pas encore découvert son travail, commandez un exemplaire de The Book: The Ultimate Guide to Rebuilding a Civilization et découvrez-le par vous-même.
À la prochaine,
L’équipe Hungry Minds